Livet-et-Gavet, un destin atypique

Il fût une époque où Livet-et-Gavet, avec ses quatre usines, ces centrales hydroélectriques et ces barrages, connut la prospérité au point d’en avoir marqué considérablement l’histoire industrielle des Alpes françaises.
Attiré par le fort potentiel hydroélectrique de la vallée, Charles-Albert Keller s’installe à Livet-et-Gavet en 1902 et contribue largement au développement de la vallée. La commune passe de 1700 habitants en 1901 à plus de 3100 habitants en 1954.Ainsi il édifia de nombreux bâtiments aussi riches que variés : centrale hydroélectrique, bâtiments industriels, cinéma, dispensaire, et de nombreuses habitations dont deux immeubles à galeries. Au hameau de la Salinière, Charles Albert Keller y construit les maisons pour ses employés. On retrouve au début de la rue, de grandes et belles demeures destinées aux ingénieurs, puis plus on avance dans la rue, plus les demeures sont modestes. Tout au fond, les maisonnettes sont accolées et destinées aux ouvriers. La hiérarchie de l’entreprise se voit encore aujourd’hui dans les rues du village. Il imagina également sa propre maison, surnommé « le pavillon ». Remarquable par ses pilotis dominants la Romanche, Charles-Albert Keller occupait le dernier étage. Dans l’avancée sur pilotis se trouvait son bureau depuis lequel il pouvait observer l’ensemble de ses ateliers et usines situés de part et d’autre de la rivière. Cette bâtisse accueillait le personnel de direction et d’encadrement, répartis de façon hiérarchique de haut en bas.  « Le pavillon » et son architecture particulière a été découverte par le grand public dans le film « Les rivières pourpres » et dans le triller d’Alessandro Perissinotto « Une petite histoire sordide ».

 

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Que reste t-il de cette époque florissante?
Depuis 1954, la population ne cesse de baisser pour atteindre au dernier recensement de 2011 seulement 1216 habitants.
Une voie rapide contourne aujourd’hui le village si bien que plus personne ne passe dans le village. Aucun commerce à moins de 10 kms.
Avec le projet du nouveau barrage EDF « Romanche-Gavet » débuté en 2012 qui prendra fin en 2017, les 6 centrales hydroélectrique de la vallée et les 5 barrages datant de la fin du XIXe et début du XXe siècle seront démantelés à l’exception de la centrale des Vernes, créé par Charles Albert Keller, classée monument historique en 1994. Ces 6 centrales fonctionnent toujours et seront remplacé par une seule centrale souterraine, le plus grand barrage français à ce jour.  Démantelés, ces bâtiments à l’architecture si particulière emporteront, avec eux, l’histoire de toute une vallée.

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Depuis une dizaine d’années, lorsque les touristes se rendent dans les stations de sports d’hiver de la vallée de l’Oisans, ils ne retiennent de la vallée de la Romanche que des images d’usines désaffectées, de maisons aux façades grises et aux volets clos, une vallée désertée, sinistrée à l’image des films cinématographiques réalisés sur place. Un village fantôme.
Une page est tournée et la vallée de la Romanche va connaître son plus grand bouleversement depuis le moyen âge avec la fin de l’ère industrielle et l’ouverture au tourisme.

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