Frédéric Marcos – Tailleur de pierre à Moirans

Son virage à 180 degrés

Si Fréderic Marcos a débuté par un parcours plutôt studieux et classique, il a finalement cédé à la passion. Désormais tailleur de pierres, il rêve de faire connaître son métier et de le transmettre.

Frederic Marcos-16

L’histoire de Frédéric, celle d’un coup de foudre entre un jeune homme et la matière. C’est en classe de seconde, à Avignon, en suivant un copain dans une exposition consacrée aux outils anciens, qu’il découvre le métier de tailleur de pierres. Un stand a été installé, et il est possible de s’essayer à la discipline. Il accroche immédiatement. « Je trouvais extraordinaire de pouvoir façonner de ses mains un matériau si dur. J’ai aimé le toucher, la réflexion en amont sur la forme que l’on souhaite donner… » A tel point qu’il reviendra chaque jour, jusqu’à la fin de l’exposition, pour sculpter la pierre en compagnie d’un professionnel. Ce dernier sentant la passion naître, et un certain talent poindre, lui proposera même de le prendre en apprentissage.

Mais Fréderic est bon maths. Très bon même. Se pose alors la question de l’avenir. Comme bien souvent, encouragé par sa famille, il décide de poursuivre jusqu’au Bac, et renonce au CAP à l’époque peu réputé. Les années passent et les compétences de Fréderic se confirment : Bac S, classe prépa, école supérieure des mines, une spécialisation dans la conception de matériaux industriels… Un parcours sans faute.

Vient le temps de la vie professionnelle, là encore il évolue, occupant des postes qu’il décrit comme « intellectuellement stimulants ». Mais la passion n’est jamais loin. A paris où il travaille à l’époque, il transforme sa cave en atelier… Puis la lassitude. « Paris est très agréable lorsque l’on est étudiant ou célibataire, mais lorsque l’on a des enfants, et que de surcroît ils entrent en maternelle, cela devient très compliqué. Je ne supportais plus la grisaille, le rythme de vie. J’ai réussi à trouver un poste sur Grenoble que je ne connaissais pas du tout. Je me suis contenté de comparer le nombre de jours d’ensoleillement ! C’était bien mieux ici, alors nous sommes partis ».

Mais le déménagement n’est que le début de la nouvelle vie de Fréderic. « La quarantaine arrivant j’ai fait le point. Je ressentais de plus en plus de frustration de ne pouvoir aller vers ma passion. Pour évoluer professionnellement je devais retourner à Paris, ce que je ne souhaitais pas. La phase de maturation a été un peu longue car c’était un virage à 180 degrés qui se dessinait. » Mais peu à peu Fréderic construit son projet, en 2011 il se lance, et se présente en candidat libre au CAP tailleur de pierres. « L’un de mes plus grands souvenirs est le moment, ou sur un geste de l’examinateur, j’ai compris que je l’avais. C’était une reconnaissance de mes capacités. J’ai créé l’entreprise dans la foulée. » Et s’il est un mot qui le définisse aujourd’hui, c’est incontestablement « épanoui ». « On ne sait jamais ce que l’avenir réserve, mais cela vaut le coup de tenter l’aventure. Je développe des compétences, non pas parce qu’on me le demande, mais parce que cela me passionne. » Désormais il souhaite transmettre son enthousiasme, et pourquoi pas, faire naître de nouvelles vocations. Portes ouvertes, journées du patrimoine sont autant d’occasion de faire découvrir la profession, « on nous imagine souvent comme héritiers des bâtisseurs de cathédrales, mais la pierre à des possibilités immenses, on peut tout faire avec ! C’est assez regrettable que peu de designers s’en préoccupent. » Mais la plus belle des transmissions c’est sans doute au quotidien qu’il la vit, avec son fils. « Il a commencé à l’âge de 3 ans en réalisant un petit cadeau d’anniversaire pour sa maman. Il vient souvent avec moi à l’atelier et a ses propres outils… J’aime beaucoup ces moments. »

Un rêve devenu réalité pour Fréderic qui ne souhaite aujourd’hui qu’une seule chose, « continuer ! »

Texte d’Emilie Brochier

Pour en savoir plus : Pierre&Décoration